Le mercredi 20 septembre 2017 à l’Institut Français, le cinéaste sud-africain Khalo Maabane s’entretient avec les participants de Ouaga Film Lab 2 sur le thème : « Réalisateur, de l’écriture à la coproduction ». Moment de témoignages et de partages d’expériences durant lequel le réalisateur s’est confié sur ses débuts très difficiles.
C’est en présence de cinéastes de grande notoriété tels que Idrissa Ouédraogo, Gaston Kaboré, Mama Kéïta et bien d’autres qu’a eu lieu le master class. Ecrire un scénario, trouver les moyens de réaliser un film qui répond aux normes internationales, tels sont les défis que doivent relever nombre de réalisateurs toutes nationalités confondues. Cela n’est pas toujours chose aisée de trouver un producteur pour son film. De l’écriture à la coproduction, le chemin est long.
Mandela, the myth and me (2013), le dernier documentaire de Khalo Matabane a remporté le prix du jury au Festival du film documentaire d’Amsterdam en 2013. Il a été diffusé sur des chaînes télé connues comme la BBC, Arte, NHK du Japon, YLE de la Finlande, SABC de l’Afrique du Sud et DR du Danemark.
Mais quelle histoire se cache derrière ce film et son succès ? En effet, toutes les chaines de télévision précitées, avaient refusé toute collaboration. Le film n’avait réussi à obtenir aucun accord de diffusion préalable. Aussi toutes les demandes de coproduction de Matabane avaient été rejetées. A croire que toutes les portes se fermaient devant le réalisateur. Il butait contre des réponses telles que : « il y a déjà trop de films sur Mandela, on en a déjà trop parlé» et même carrément raciste : « vous êtes un homme de couleur, de surcroit noire. On ne peut s’associer à un Noir ». Des propos odieux qui ne décourageront pas Matabane mais qui au contraire le galvaniseront.
Ainsi après avoir été rejeté de partout, il poste sur Facebook qu’il est à la recherche de d’acteurs, d’une équipe technique, de nourriture, de boissons, de voitures et autre matériel pour la réalisation de son film documentaire. Aucune réponse favorable. C’est alors qu’il décide de demander de l’aide à tous ces amis proches et connaissances. Ces derniers acceptent de travailler gratuitement avec lui. Il tourne alors avec ses propres fonds un film de 20 minutes sur Mandela. Il expédie le film à tous ceux qui l’avaient rejeté au début. C’est alors qu’il reçoit une réponse favorable de BBC. Et dès lors tous les autres potentiels partenaires et producteurs ont dit oui. Tous voulaient finalement le coproduire.
Ce témoignage du cinéaste sud-africain dépeint les problèmes du cinéma africain. Tout n’est pas toujours un problème d’argent. Il y a aussi un problème de culture un problème racial : « les films noirs n’intéressent personne ». Est-ce parce qu’un film est noir qu’il est de mauvaise qualité ? Est-ce parce qu’il est noir qu’il ne mérite pas une coproduction occidentale ? Ce qui fait la beauté du cinéma, c’est son universalité. Il n’a pas de frontière. Pourquoi donc établir des barrières raciales dans un univers où liberté est le maitre mot ? Le réalisateur soulève des questions cruciales. Il a raison d’intervenir dans ce sens. Ne pas aborder la question du racisme en production aurait été hypocrite. Le problème existe, il faut en parler.
Le second problème que souligne ce témoignage est d’ordre financier. Personne ne veut produire un réalisateur tant que le nom d’une grande structure n’est pas associé au projet. Pour les jeunes réalisateurs débutants le problème est colossal puisqu’ils sont méconnus et personnes ne veut se joindre à eux. Pour Matabane, c’est le Oui de BBC qui lui sauvera la mise. Combien de jeunes africains bourrés de talent ne pourront jamais réaliser leur film faute de financement ou à cause de la couleur de leur peau ? C’est la question à se poser.
Pour l’heure, ils sont tout de même légion, ces jeunes réalisateurs burkinabè et africains à faire valoir leur savoir-faire dans le monde. Citons là Michel Zongo, Serge Noel Sawadogo, Angèle Diabang, Faissol Gnolonfin, Khalo Matabane ou encore Rungano Nyoni. C’est un défi pour le cinéma africain de démontrer au monde entier que les préjugés tel que « les films noirs, ça n’apportent rien » sont bien révolus.
Priscille Jinette Bansé
Article initialement publié sur AvantPremière.over-blog.com. Source : https://pilumpikuprod.over-blog.com/2017/09/le-defi-majeur-du-realisateur-africain-khalo-matabane-s-ouvre.html

