L’ENGAGEMENT, L’ARME DU RÉALISATEUR FACE AU PRODUCTEUR

Quel producteur pour quel réalisateur est une question qui se pose à l’heure de former le duo qui permettra de trouver les financements pour que se fasse un film. Autrement dit comment deux personnes, apriori inconnues peuvent-elles collaborer sur un...

L'ENGAGEMENT, L'ARME DU RÉALISATEUR FACE AU PRODUCTEUR

Quel producteur pour quel réalisateur est une question qui se pose à l’heure de former le duo qui permettra de trouver les financements pour que se fasse un film. Autrement dit comment deux personnes, apriori inconnues peuvent-elles collaborer sur un film jusqu’à devenir parfois de véritables amis ? Juan Arango et Yanick Letourneau nous éclairaient sur le sujet mardi 19 septembre lors d’un master class à l’hôtel Splendid.

Alors que la salle remplie de cinéastes venus des quatre coins du monde attend patiemment le début du master class sur le thème : « quel réalisateur pour quel producteur » animé par Juan Arango et Yanick Letourneau, le modérateur Aboubacar Demba Cissokho annonce que c’est l’anniversaire de Juan. Alors toute la salle se met à chanter « joyeux anniversaire » pour le jeune cinéaste visiblement ému. C’est dans cette ambiance fraternelle que les échanges ont commencé.

Juan Arango est un jeune cinéaste colombien de 41 ans. Il a fait ses étudesen direction de photographies en Espagne. A son retour au pays il se lance dans la rédaction de son premier long métrage LA Playa DC. Ce film sera présenté à Cannes en 2012 dans la sélection Un Certain Regard et sera sélectionné pour représenter la Colombie aux Oscars du cinéma en 2014. Mais auparavant Juan se retrouve confronté à d’énormes difficultés pour se trouver un producteur. En effet c’était son premier film et il était méconnu dans le milieu. C’est un casse tête : Toutes les personnes qu’il rencontre et qu’il essaie de convaincre pour l’accompagner sur son projet, lui renvoie qu’il faut de l’expérience et de la notoriété. Mais pour remplir ces conditions, il faut faire un film. Pour son deuxième long-métrage ; X500, il est confronté au même problème. Il rencontre de grosses difficultés à se trouver un producteur au Canada. C’est dans ces circonstances qu’il fait la connaissance de Yannick Letourneau. Grâce à un ami commun, ils se rencontrent à quelques reprises et petit à petit nait une confiance et une amitié entre les deux hommes.

Yannick est producteur et est cofondateur de la société de production Périphéria qui existe depuis bientôt plus de 17 ans. Il produit principalement du cinéma de création. En 2010, Périphéria a produit le film qu’il a réalisé : « Les Etats Unis d’Afrique ». Pour Yannick, il était très important pour lui de participer à la réalisation du projet X 500 de Juan. Il dit avoir été littéralement séduit. La séduction, c’est l’arme que doit posséder un réalisateur pour s’approprier un producteur. La production, c’est le risque de s’engager sur un terrain souvent mal connu.

Si le film est un succès tant mieux mais s’il est un fiasco, c’est le producteur surtout qui en en fait les frais. Ce risque conduit les producteurs à plus de rigueur dans la sélection des projets sur lesquels ils acceptent de se lancer. De ce fait le réalisateur doit ‘’faire une cour assidue’’ au producteur, le convaincre de la pertinence de celui-ci et de créer un climat de confiance. Cela n’est pas toujours chose aisée. Qu’est-ce que Juan a de si particulier pour avoir pu séduire Yanick ? Ce dernier dit avoir été séduit par la façon ‘’singulière’’ dont travaille Juan. En effet ses films sont particuliers en ce sens qu’ils sont uniques en leur genre. Le réalisateur prend toujours plaisir à associer le genre documentaire à la fiction. Ce qui donne un rendu unique. Pour Yannick, travailler avec Juan est une expérience unique et enrichissante. Il qualifie le cinéma de son réalisateur de « mystique, magique ». Une autre chose qui a fasciné le producteur est la connexion qui existe entre Juan et ses comédiens qui sont tous des non professionnels.

Travailler avec des acteurs non professionnels, permet au film hybride d’être plus proche de la réalité, grâce à la spontanéité de ceux-ci à qui Juan permet d’improviser des répliques.

Une chose importante à savoir est qu’il n’y a pas de conflit entre un réalisateur et son producteur. Les deux poursuivent le même objectif : faire un film exploitable. Ainsi ils se doivent d’être sur la même longueur d’onde, de voir les choses de la même façon et surtout d’être transparent. Mettre le contrat sur papier et bien l’expliciter pour éviter d’éventuels malentendus et confrontations. Le but premier d’un réalisateur et de son producteur est de faire des films qui feront le tour du monde. Un canadien ne fait pas un film pour les canadiens mais pour que chaque individu de la planète puisse s’y retrouver. Un film produit au Canada doit pouvoir être vu en Chine, en France, en Australie, en Afrique du Sud, au Burkina Faso. C’est cette universalité qui fait la beauté du cinéma.

Priscille Jinette Bansé

Article initialement publié sur AvantPremière.over-blog.com. Source : https://pilumpikuprod.over-blog.com/2017/09/l-engagement-l-arme-du-realisateur-face-au-producteur.html

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